> Accueil > Récits des courses > Grande île, Grand coeur !

Grande île, Grand coeur !

Posté par DUBOST le 10/3/2013 12:30:00

GRANDE ÎLE, GRAND CŒUR
Littoral sud-est de Madagascar, une piste entre ciel et océan. Petits braquets, grandes pulsations, bien plus qu’une virée tropicale, trois cents bornes au quotidien de la vie malgache. On ne parle pas trop pignons et dérailleur. On ouvre les yeux, on se régale…
 
Textes Roger Calmé
Photos RandoRun
 
C’est une piste rouge, l’océan sur le pignon droit et la montagne manivelle gauche. Un matin malgache, au sud de Manantenia. Trois jours maintenant que nos petits vélos ont quitté Vagaindrano. Trois jours de savane, de manguiers, de trajectoires entre le sable et le ciel… « Tongasoa », bienvenue à toi et à ta petite machine en alu. Bienvenue dans nos villages de la côte, baraques de planches, toits de palme, les accents du salek et la THB (bière locale) qui font danser les transistors. On voudrait s’arrêter partout. Soixante-quatre bornes de pur bonheur pour atteindre Ebakiha. La plus longue étape, dans cette immensité d’herbes et de vent, des zébus posés sur la savane, les ombres bleues de l’Anosy, la grande chaîne côtière, sur les potences du biclou. Aujourd’hui, cinq bras de mer et de rivière à franchir, des gués impossibles, l’eau à la taille, et les mécaniques qui font trempette. Petits regards latéraux, on ne s’attarde pas trop… Ces flaques d’eau ont parfois d’autres locataires. Grandes mâchoires et appétits de crocos. « Non, c’est une blague, ici pas danger », sourit Germain, fidèle parmi les fidèles, ancien coureur à pied et guide 100% local. Aux petits soins depuis le départ. L’étranger, le vaza, il faut qu’il reparte des étoiles sur le dérailleur.
 
A ce rythme-là, aucun risque d’emballer le chrono. Pour Jean-Marie Daval, maître aux manettes, « c’était hors sujet. Tu as vu cette étape ? Faut déjà attendre le bac pour les traversées. Si celui-ci est trop plein, tu prends l’autre d’après. Au total, tu t’en tapes 18 sur tout le parcours. Non, pas de chrono ! Juste sur la dernière, 45 bornes, les gars mettent le braquet. Mais pour le reste, c’est le voyage. » On a pigé la leçon et on ouvre bien grand les mirettes. Village de cultivateurs, petites parcelles de tubercules, un maigre manguier, des poules qui picorent les cailloux, des filets qui sèchent, le poisson que l’on écaille. La terre. La mer. La musique et les enfants qui font le rythme. Chargez les vélos sur la barque, deux grands costauds aux rames, et un tronc au milieu du marigot. Non, c’est pas un tronc, c’est un croco ! Il sourit toujours Germain…
 
Allez on retourne à la plage ? C’était entre Ebakiha et Sainte Luce, le biclou qui s’enfonce dans le sable et l’océan qui fait ses grands rouleaux. Palmiers penchés, barques de pêcheurs entre ciel et mer. Va falloir pousser ! Remontés depuis la plage, les VTT ont un peu de mal, le pneumatique s’essouffle, le mollet s’étire. Et sur la piste blanche ensuite, pas toujours évident de garder la ligne… Allez Sainte Luce est au bout, et là… on a grillé la langouste et les cigales de mer, on a préparé le vary (riz), avec toutes les épices qu’il faut, gingembre, girofle, muscade, et le petit piment oiseau qui vous fait « chanter ». Les jambes sont un peu dures, les vélos se reposent contre les arbres, et les barques aussi, après la pêche du matin. « Ici, c’est la langouste qui fait vivre, explique Henri, plongeur lui-même depuis qu’il est gosse. « Mais maintenant il faut aller loin, au large… » Le métier est risqué, l’océan généreux mais parfois injuste. C’est comme ça, la famille est là, c’est le destin… Trois heures de l’après-midi, l’océan est en train de repartir, la plage s’ouvre en grand. Cette envie de rouler sur la lisière de l’eau, les pitons de l’Anosy au bout du guidon, les bougainvilliers flambés de pourpre… Y’a des retours en Europe, qui auront un goût de plomb. Allez, on reprend du crabe, on se décapsule une THB et on écoute Job Job, rythmiques créoles, sorties du vieux transistor.
 
Retour sur images ? Un soir à Sandravinany, petite lumière et grande lune qui cavale dans les nuages. Le maire nous accueille. Dans une heure, son épouse et lui ouvriront le bal. Il nous parle du pays, des traditions anthasy et anthandroye, les deux ethnies du littoral sud… et de vélo aussi. « Mon père était le maire du village.vers les années 70  Il avait une 2 cv, et pour aller à Fort Dauphin, ça lui prenait la journée. Aujourd’hui ? J’ai mon VTT et je mets trois-quatre jours….. développement en marche arrière … » Mais joli coup de pédale, monsieur le maire ! Le vélo a toute sa place ici. On l’utilise pour aller à la parcelle, pour rencontrer les amis ou descendre à la boutique. Frères de piste, en langue de blanc ou en malagasy, même poussière, mêmes besoins de se rencontrer. Un peu plus tard, ce sera Fort Dauphin. Trois cents bornes au compteur, trois cents bonnes raisons de ne pas oublier. Un gosse qui court à côté du vélo, un vieux qui vous tend une mangue, et le Pic Saint Louis qui fait sa banderole d’arrivée, flamme verte, tombé d’un bloc dans l’océan. Derniers coups de pédales… au ralenti. Fort Dauphin. Retour à une certaine civilisation, l’extraction du titane, les sociétés canadiennes, les Blancs dans leurs belles villas. Vous ne les verrez jamais ! Leurs pistes ne croisent jamais la vôtre. Qui s’en plaint ? Nous, on préfère les histoires de Germain, son vélo-galère, les rafistolages malgaches, les copines au village, la musique qui sort des maquis… « Une THB, frère ? »  (RC)


L’interview /Jean-Marie Daval (organisateur)
Il a les yeux qui brillent, Jean-Marie, quand il parle de son raid malgache. Douze ans et pas une ride à son dérailleur. Ca roule !
 
Ce raid, tu l’as dessiné avec quelle idée dans la tête ?
Très simple. On a toujours voulu un contact fort avec les locaux. Dans la logistique, dans l’accueil… A chaque arrivée, à chaque ravito, la population prend le relais. Repas et hébergement chez l’habitant, pas de touristes, la vie en brousse, pendant 6 jours.
Au niveau du tracé ?
Sauvage, bien sûr. On n’a pas un kilo de bitume sur 300 bornes. Le bord de la mer, des singles dans la savane, de la piste rouge, des villages paumés, et à mesure que tu approches de Fort Dauphin, la montagne qui dégringole dans l’océan. Tu verras, c’est beau l’Anosy.
Les petits trucs à négocier ?
Pas évidents, les « ponts » malgaches, juste de quoi mettre un pneu, et encore…. Et puis en bord de mer, les petits secteurs sableux où tu vas bien ramer. Bon, c’est court ! Mais aussi les traversées de villages, super sympas, mais… encombrées, disons.
Au niveau matos, tu embarques quoi ?
Inutile de te tracasser, du milieu de gamme, bien solide, suspension avant, plus confort que performance. Petite attention à la selle. Le terrain, la latérite, ça chahute.
Tu disais que la population participait activement…
Ca fait quand même 12 ans que le raid existe, et les liens, ils sont là. On avait ça, dans l’idée, au départ, que les locaux soient étroitement associés… et qu’ils en retirent un peu de sous. En fait, avant l’heure, on a fait du tourisme équitable.
Allez le « petit plus », le cadeau bonus?
Les arrivées ! Le matin, tu roules et l’après-midi, osmose avec les villageois. Tu te gaves de poissons, de crabes, de langoustes, arrosés à la THB, la bière d’ici. Que du bonheur !

En Pratique
Dates : du 8 au 18 octobre 2013 ou à la demande Mai à Octobre minimun 8 pax  
Distance : 300 km, côte sud-est, 6 étapes.
Autres circuits : L’agence organise aussi des sorties à la journée sur le Cap Diego, les anciennes maisons créoles de Joffreville ou les salines. A noter enfin un raid entre Diego Suarez et le cap d’Ambre (75 km) en octobre.
Inscriptions Malagasy Raid : 950 €.Vol non inclus. Comptez env. 900 € AR depuis Paris.
Visa: Moins de 30 jours, gratuit.
La bonne période : De mai à fin octobre, saison sèche, plus fraîche.Evitez la période janv.-avril, cyclones. Pluies moins abondantes que dans le nord. Climat subdésertique.  
Santé : vaccin typhoïde recommandé et prévention paludisme (voir médecin pour traitement approprié). Cas de dengue et de chikungunya. Spray, manches longues et pantalon.
Ils vous y emmènent : Randorun Océan Indien, Jean-Marie Daval, 5 av. Lally Tollendal, Antsiranana (Diego Suarez 201) Madagascar. Tél. : (00 261) 32 04 155 61

Et
www.randorun.fr




Format imprimable Envoyer cet article à un ami Créer un fichier PDF à partir de cet article
Who's Online
4 utilisateur(s) en ligne (dont 3 sur Articles)

Membre(s): 0
Invité(s): 4

plus...